I would prefer not to – o poder de uma fórmula
“Preferiria não”, a célebre fórmula de Bartleby do conto de Herman Melville está envolta num imenso debate metafísico. De uma forma esquemática e muito breve, podemos traçar duas grandes linhas de controvérsia. Segundo Deleuze, Bartleby é o operador do impossível entendido como incompossível: a coexistência de mundos divergentes que não se deixam reduzir à lógica modal do ser e do nãoser. A fórmula “preferiria não” (do original inglês “I would prefer not to”) não instala Bartleby num limbo précriativo. A fórmula abole a própria preferência e abre um campo cosmológico onde a criação surge como fabulação, isto é, a produção de novas possibilidades, de novas visões, de um “povo por vir”. O impossível não é impotência, mas limite ativo dos possíveis, condição vitalista da invenção. Bartleby tornase, assim, a figura que permite pensar a criação não como passagem da potência ao acto, mas como emergência de mundos incompossíveis que se tocam num mesmo presente.
Agamben rompe com esta visão e propõe Bartleby como a encarnação da potência pura levada ao extremo - a capacidade de nãocriar, nãoagir, nãoafirmar. Por isso, Agamben confere a Bartleby uma dimensão messiânica: o anjo que transporta a linguagem até ao seu limite sem nunca a atualizar, suspendendo toda decisão e permanecendo no “antes da criação”. A fórmula exprime, agora, a expansão da potência de nãofazer, a atualização da possibilidade de nãoser. Bartleby escreve apenas a sua própria potência de nãoescrever e, portanto, não cria porque prefere manterse na impossibilidade da criação. É a figura messiânica da inoperosidade: aquele que anuncia um limiar, mas não o atravessa, permanecendo na pura possibilidade de nãocriar.
É nesta segunda visão que Christian Lefèvre se reconhece, pois, como defende, a obra de arte não é uma série de respostas, mas uma série de perguntas. É um campo aberto de investigação, de indagação, de questionamento, sem se reverter num plano de acção concreto e político. Marcado desde novo pela obra monumental de Melville, Christian Lefèvre cria em modo de suspensão do juízo e da preferência. O seu trabalho define-se, portanto, como um permanente questionamento pernicioso sem resposta.
Composta por desenhos a tinta e pastel, acrílico e carvão e esculturas feitas a partir de elementos da natureza conjugados com plásticos e materiais diversos reciclados, a presente exposição explora, de forma aberta, sem preconceitos nem repostas definitivas, o impacto do chamado “progresso” no nosso ambiente natural. Trata-se, pois, de uma exposição em processo de composição: uma coleção de obras que apenas questionam, deixando a cada um a decisão final do seu compromisso com o mundo.
Catarina Pombo Nabais
Fundadora, Directora e Curadora da Oficina Impossível – Art Gallery and Studios
I would prefer not to – le pouvoir d’une formule
« Je préférerais ne pas le faire », la célèbre réplique de Bartleby dans la nouvelle d'Herman Melville, est entourée d'un immense débat métaphysique. De manière très brève et schématique, on peut dégager deux grandes lignes de controverse. Selon Deleuze, Bartleby est l’opérateur de l’impossible entendu comme incompossible : la coexistence de mondes divergents qui ne se laissent pas réduire à la logique modale de l’être et du nonêtre. La formule « I would prefer not to » n’installe pas Bartleby dans un limbe précréatif ; elle abolit la préférence ellemême et ouvre un champ cosmologique où la création surgit comme fabulation, c’estàdire comme production de nouvelles possibilités, de nouvelles visions, d’un « peuple à venir ». L’impossible n’est pas une impuissance, mais la limite active des possibles, condition vitaliste de l’invention. Bartleby devient ainsi la figure qui permet de penser la création non comme passage de la puissance à l’acte, mais comme émergence de mondes incompossibles qui se touchent dans un même présent.
Agamben rompt avec cette vision et propose Bartleby comme l’incarnation de la puissance pure poussée à l’extrême — la capacité de ne pas créer, de ne pas agir, de ne pas affirmer. C’est pourquoi il confère à Bartleby une dimension messianique : l’ange qui porte le langage jusqu’à sa limite sans jamais l’actualiser, suspendant toute décision et demeurant dans l’« avant de la création ». La formule exprime désormais l’expansion de la puissance de ne pas faire, l’actualisation de la possibilité de ne pas être. Bartleby n’écrit que sa propre puissance de ne pas écrire et, par conséquent, ne crée pas parce qu’il préfère se maintenir dans l’impossibilité de la création. Il est la figure messianique de l’inopérativité : celui qui annonce un seuil sans jamais le franchir, demeurant dans la pure possibilité de ne pas créer.
C’est dans cette seconde vision que Christian Lefèvre se reconnaît, car, selon lui, l’œuvre d’art n’est pas une série de réponses, mais une série de questions. Elle constitue un champ ouvert d’investigation, d’interrogation, de mise en question, sans se transformer en un plan d’action concret et politique. Marqué dès son jeune âge par l’œuvre monumentale de Melville, Christian Lefèvre crée dans un mode de suspension du jugement et de la préférence. Son travail se définit ainsi comme un questionnement permanent et pernicieux, sans réponse.
Composée de dessins à l’encre et au pastel, d’acrylique et de charbon, ainsi que de sculptures réalisées à partir d’éléments naturels conjugés avec des plastiques et divers matériaux recyclés, la présente exposition explore, de manière ouverte, sans préjugés ni réponses définitives, l’impact du soidisant « progrès » sur notre environnement naturel. Il s’agit d’une exposition en cours de composition : une collection d’œuvres qui ne font que questionner, laissant à chacun la décision finale de son engagement envers le monde.
Catarina Pombo Nabais
Fondatrice, Directrice et Curatrice d’Oficina Impossível – Art Gallery and Studios
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Parcours : du jardin à l’atelier.
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Avant d’arriver à l’atelier de Christian Lefèvre, on pénètre dans un jardin entourant une maison et dès lors le regard est attiré par de nombreuses sculptures : debout, couchées, suspendues, accrochées. Une, deux, trois sur la pelouse, quatre cinq et six sur un fronton de la maison, sept huit et neuf devant l’atelier, et encore au dos de la maison, dans les allées, autour et dans un bassin. Il y en a partout. La multitude nous envahit et nous fait réaliser l’imagination créatrice de cet homme qui comme un laborieux passe des heures par semaine, depuis des années, à créer.
En pénétrant dans l’atelier, quel plaisir de découvrir des espaces où des séries importantes d’oeuvres (peintures, dessins, gouaches, encres) attendent, rangées dans des casiers, des tiroirs, des boîtes. On les sort avec impatience, on les pose les unes sur les autres. Les regards et les mémoires s’entremêlent. Il faudra tout reprendre à zéro.
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Et la sculpture fut.
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Christian Lefèvre est un artiste sculpteur, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts en sculpture.
Et même si son travail interfère avec plusieurs disciplines (peinture, dessins, sculptures et installations), le travail initial de recherche a commencé avec la sculpture. Artiste d’art contemporain, il se soucie des matériaux qu’il glane dans ses déambulations (métal, bois, végétaux, plastique) ou d’éléments qu’il construit (fixations, pieds, pinces ). Ce qui intéresse notre artiste semble être les assemblages de matériaux différents, quasiment opposés. Il constitue ainsi des pairs inattendus bois/plastique ou morceaux de meubles et végétaux. Il teste leur résistance, leur souplesse, leur force, les tensions qu’ils peuvent subir ou expérimente au contraire leur laisser-aller rendu inévitable à cause du temps qui passe. En regardant les sculptures de Christian Lefèvre, on comprend que tous ces éléments, grâce à l’artiste, ont acquis un nouveau statut, pour ne pas dire une nouvelle vie. Dans sa recherche artistique il y a un aspect scientifique qui est l’évolution physique de la matière. L’impact du temps irréversible comme mémoire transgénérationnelle.
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L’exposition : Je préfèrerais ne pas. Preferia não.
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C’est Christian Lefèvre qui avait cette idée précise en choisissant l’expression du scribe Bartelby dans la nouvelle « The scrivener » de Melville, écrivain américain du XIX º siècle. Nouvelle qui a inspiré bien des philosophes : Blanchot, Deleuze ou Derrida. La citation énigmatique nous convient immédiatement. Je ne sais pas si chacun y met le même sens mais elle nous parle à tous. « I would prefer not to.»
Contraste, accident de cette formule littéraire devenue philosophique.
Si le contraste, l’accident, la rencontre, l’intuitif se mêlent dans la phase de recherche de Christian Lefèvre qui travaille comme un scientifique par séries, (expérimentation, réussite ou échec et recommencement), pour l’exposition il faut sélectionner les œuvres, les mettre en regard, les isoler par thèmes et production et enfin leur coller des traits d’union visibles ou non.
On y voit alors les dessins dans les casiers à gauche en entrant, les acryliques grand format, les sculptures (bois, métal, végétal, plastique, textile). Une sensation d’abondance, de lutte des éléments. Et surtout une énergie incroyable celle qui dit je « préfèrerais ne pas », non pas pour ne rien faire mais tout au contraire toujours recommencer, ne jamais s’arrêter.
Jean-Michel Albert, Lisbonne, février 2026.
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